Les loups d’Hélène Grimaud, le chapeau de Pavel Šporcl, la crête de Nigel Kennedy, etc, l’image de la musique classique change peu à peu. Volonté de démocratisation ou simple outil marketing?

En tous cas, de Diapason à Voici il n’y a plus qu’un pas… L’artiste libre de ses choix a bel et bien disparu sous le rouleau compresseur du marketing. Rallier un public non habitué pour trouver une nouvelle ouverture est bien dans l’idée de nos dirigeants à nous, les artistes. Dans notre société d’image, l’important n’est plus le contenu mais bien le contenant. Dans leur course à la part de marché les labels ne misent plus sur une qualité d’interprétation ou la qualité d’un artiste en devenir mais sur son physique, et son talent , mais son talent à la comédie.

Envoyer Anna Netrebko dans un jeu télévisé très prisé s’appelle un succès selon Deutsche Grammophon, car la chef du marketing international et de la promotion fait remarquer que dans les deux mois suivants la diffusion de l’émission 70 000 disques se sont vendus (dixit le Figaro). Mais est-ce vraiment la place d’Anna Netrebko?

On nous vend maintenant le joli minoi d’Hélène Grimaud, la jeunesse éternelle de Joshua Bell, la crête de Nigel Kennedy en lieu et place de leur talent. Arièle Butaux, productrice à France Musique, a déclaré: « A talent égal, ironise-t-elle, une jolie fille aux yeux bleus primera sur une mocheté aux cheveux gras. » ainsi que, et là c’est carrément énorme: « Et ce qui est certain, c’est qu’au XXIe siècle, Clara Haskil n’aurait pas fait carrière ! ». Ce qui prouve qu’à talent supérieur, la petite boulotte moche n’a aucune chance de carrière.

Dans notre monde parfait, la réflexion musicale a laissé place au box-office. Il est primordial de vendre des disques plutôt que de construire une pensée. L’époque où la maison de disque pariait sur un artiste et le laissait se développer quinze ou vingt ans est bel et bien révolue. Il faut des stars, à tout prix. Un jeune pianiste entre sur le marché, et doit déjà tout connaître du répertoire. On lui fait croire qu’il le peut, il n’en résulte que des problèmes physiques dûs au surmenage.

On a plus le temps d’attendre aujourd’hui. Tout va vite plus vite, toujours plus vite, mais vers où? Ce qui faisait le prix des choses, l’attente, n’est maintenant plus de mise. Construire et développer un répertoire prend du temps, enfin si on veut le faire bien, mais personne ne veut plus attendre. « Il devient difficile de réfléchir au sens d’une musique quand règne la course aux contrats et aux avions. Mais peut-être ne peut-on plus mêler le style de vie actuel avec le rythme intérieur de la musique sérieuse. » disait Rostropovitch. Mais qui se moque encore de savoir si la musique à un sens? Qui se moque de comprendre la musique? Sûrement pas la grande majorité des professionnels de mon métier, qui eux n’y voient qu’un vulgaire produit capable de leur apporter gloire et fortune.

Le grand souci de beaucoup de mes confrères est de trouver le programme qui fera se remplir les salles, même si il manque de cohérence, de veiller à une communication les mettant bien en valeur, et bien sûr que le cachet est assez élevé pour aller jouer. Un nouvel esprit s’est développé, celui que l’art est une grande entreprise, et que comme toute entreprise elle doit s’adapter au client. J’ose aujourd’hui espérer que tout n’est pas perdu et que l’art n’est pas une entreprise, car dans le cas contraire, l’art est mort.

Pin It on Pinterest

Share This
%d blogueurs aiment cette page :