Lutoslawski, Xenakis, Britten , Carter, Penderecki, Kurtág, Lindberg , Dutilleux, Eötvös, Ligeti, Murail, tous ces noms ne vous disent rien? Vous n’écoutez sûrement pas de musique dite « contemporaine ». Dite « contemporaine » car il est bien évident que toute musique a été un jour contemporaine. Mais quand on parle de musique contemporaine, on parle surtout de la musique écrite depuis la seconde guerre mondiale.

La musique contemporaine est encore trop mal connue, parfois même boudée par certains auditeurs, ou pire par les musiciens eux-même qui ne la comprennent pas et la mette au rebut avant d’avoir fait un effort de compréhension. Car c’est bien là que se situe le problème. Notre oreille, peu habituée à ce type de musique, a grandi avec la variété et la musique classique et a assimilé complètement la musique dite tonale, sans s’en rendre vraiment compte (par le cinéma, la publicité…). Mais ceci dit, les lacunes de notre oreille en matière de musique d’aujourd’hui peuvent se combler. En écoutant de la musique contemporaine, on découvre des paysages sonores inconnus et d’une très grande variété, mais celle-ci nécessite de la part de l’auditeur une écoute active et une part de recherche.

Penétrer dans le monde de la musique contemporaine, c’est accepter d’entrer dans le domaine de l’inattendu. L’auditeur peut parfois être dérouté par l’absence de mélodie, mais c’est bien cette structure classique de mélodie/accompagnement qui est ici remise en cause par certains compositeurs. Je dirais que la musique contemporaine est une recherche sur le langage. Si cette recherche vous semble inefficace ou non-esthéthique, remettez d’abord en question votre façon d’écouter, et souvenez-vous, qu’à une certaine époque de la musique les dièses et bémols n’existaient pas, que la quarte augmentée était considérée comme « diabolus in musica », et que tous ces éléments que nous trouvons dans la musique classique et de variété étaient considérés comme du bruit et une cacophonie atroce. A son époque, Wagner écrivait du bruit, Mozart également.

Bien des œuvres composées depuis plus de cinquante ans par des musiciens de formation classique sont susceptibles de plaire à un public plus large que celui qui les apprécie déjà. Faute des clés qui permettent de les apprécier, le mélomane ne parvient pas à entrer dans ce monde « inhabituel », mais plus grave encore, en boudant ce monde il en menace l’existence. Posez-vous la question, au sujet des compositeurs, de savoir si la loi du marché doit gérer les recherches musicales, donc de savoir si le compositeur doit écrire pour faire plaisir au public, ou si le compositeur est libre de transcender la « loi » pour révéler son génie.

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